Le dimanche 29 mai 2005

Série Boomers: Vieillir cool

Carnet de santé des baby-boomers

Mario Girard

La Presse

Les baby-boomers avancent en nombre, en âge et en bobos. Ils seront très nombreux à envahir les cabinets de médecins, à patienter dans les urgences, à hésiter devant les étagères garnies de suppléments nutritifs, à se faire injecter des cocktails de vitamines dans des cliniques privées ou à fréquenter les bureaux des naturopathes, ostéopathes et autres spécialistes épatants. Leur présence va indéniablement modifier l'univers de la santé.

C'est aussi évident qu'un mal de tête au lendemain de Woodstock: les baby-boomers connaîtront de plus en plus d'ennuis de santé. Cependant, leurs problèmes seront différents de ceux de leurs aînés. Première génération à se préoccuper sérieusement de sa santé, tant physique que mentale, les boomers influeront ce domaine.

«Les baby-boomers sont plus en forme que la génération précédante. Ils fument beaucoup moins que leurs aînés et ont donc plus de chances de vivre vieux», dit le Dr François Leyman, directeur du département de médecine familiale de l'Université de Montréal.

Touché par une diminution du nombre d'étudiants en médecine et des départs massifs de professionnels plus âgés, le milieu de la santé appréhende l'arrivée de cette menaçante cohorte. Mais selon Réjean Hébert, doyen de la faculté de médecine et des sciences de la santé de l'Université de Sherbrooke, cette peur n'est pas justifiée.


«On se trompe quand on affirme qu'il n'y aura jamais assez de ressources pour répondre aux besoins de cette génération. Je suis de ceux qui pensent tout à fait le contraire. Le système ne sera pas aussi surchargé que certains pessimistes le prétendent. Comme les baby-boomers sont en meilleure santé, on n'aura pas besoin d'autant d'effectifs qu'on le prédit.»

De l'avis de Réjean Hébert, il faudrait s'attaquer à la nature des problèmes et des soins à prodiguer. «Ceux qui ont la chance d'avancer en âge survivent aux maladies aiguës, dit-il. On peut en déduire qu'avec les boomers, on fera surtout face à des maladies chroniques.» Plutôt que de se tourner vers l'hôpital, il faudra améliorer les services à domicile, croit-il. L'hôpital doit, selon lui, retrouver sa première et vraie vocation, celle de s'occuper des patients nécessitant des soins aigus.

Les voies parallèles

Il y a sept ans, les Nations unies recensaient 135 000 centenaires dans le monde. On pense qu'il y en aura 2,2 millions en 2050. Si on peut allègrement faire cette prédiction, c'est bien sûr à cause de l'avancement de la science, mais aussi de l'ouverture d'esprit et du dynamisme de ceux qui repoussent sans cesse l'échéance de la vieillesse. Une clinique de santé de Toronto propose actuellement à ses clients des doses de vitamines et de sels minéraux administrées en soluté. Ces injections, disent ces promoteurs, seraient excellentes pour assurer aux personnes de 50 ans et plus une vie plus longue. Des spas de longévité prolifèrent actuellement au Canada et aux États-Unis pour la plus grande joie des boomers à la recherche de cures de jouvence.

Les baby-boomers ont grandi au moment où éclatait une multiplication de méthodes et de moyens parallèles dans le domaine de la santé. La naturopathie, la chiropractie, l'homéopathie, l'auriculothérapie, la kinésiologie, ne sont que quelques exemples des nombreuses médecines douces apparues depuis les années 50. Habitués à ce paysage, les boomers seraient-ils de grands aventuriers dans le domaine de la santé?

«Ils représentent 95 % de ma clientèle, dit le chiropraticien et ostéopathe Sylvain Desforges. Ils ont vu leurs parents être malades et prendre des quantités astronomiques de pilules. Ils ne veulent pas vivre cela.»

Un point de vue que le naturopathe Peter Veniez partage aussi. «Les baby-boomers consomment beaucoup de médecines douces. Ils n'hésitent pas à faire confiance à la naturopathie, à la psychothérapie ou à l'ostéopathie.»